{"id":31,"date":"2023-08-17T09:12:12","date_gmt":"2023-08-17T07:12:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.gfeyel.net\/?page_id=31"},"modified":"2023-09-04T14:37:05","modified_gmt":"2023-09-04T12:37:05","slug":"methode","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.gfeyel.net\/index.php\/methode\/","title":{"rendered":"M\u00e9thode"},"content":{"rendered":"\n<p>Tous les chantiers de recherche que l\u2019on s\u2019est efforc\u00e9 de travailler touchent aux conditions de production-r\u00e9ception de la presse ancienne et \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude de son contenu. Apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre un moment fix\u00e9 sur le premier XIX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, le champ de ces recherches s&rsquo;est \u00e9largi aux origines m\u00eames de la presse fran\u00e7aise, couvrant les XVIIe\u00a0et XVIIIe\u00a0si\u00e8cles. Selon trois axes prioritaires. L&rsquo;histoire de la presse doit \u00eatre une histoire financi\u00e8re et \u00e9conomique, une histoire sociale, enfin elle doit apporter sa contribution \u00e0 l&rsquo;histoire de la culture. \u2013 Financi\u00e8re et \u00e9conomique : quels sont les budgets des feuilles \u00e9tudi\u00e9es (co\u00fbts de r\u00e9daction, d&rsquo;impression ; formes et frais de distribution ; recettes des abonnements, de la vente au num\u00e9ro, des annonces). \u2013 Sociale : quels sont les origines sociales, la carri\u00e8re, la fortune, les revenus des propri\u00e9taires et des r\u00e9dacteurs des feuilles en question. Comment ont \u00e9volu\u00e9 les journalistes et le journalisme, depuis les gazetiers de l\u2019Ancien R\u00e9gime, les journalistes de la presse d\u2019opinion au temps de la R\u00e9volution et du premier XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, jusqu\u2019aux d\u00e9buts de leur progressive prise de conscience d\u2019une identit\u00e9 professionnelle. Est-il possible de dresser une sociologie de leurs abonn\u00e9s, de leurs lecteurs ? \u2013 Culturelle\u00a0: le contenu des feuilles \u00e9tudi\u00e9es doit \u00eatre compris comme le discours qu&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 \u2013 les r\u00e9dacteurs et leurs lecteurs \u2013 prononce sur elle-m\u00eame. Les m\u00e9thodes d&rsquo;une analyse de contenu comparative, voire quantitative, doivent \u00eatre utilis\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux exemples sont ici pr\u00e9sent\u00e9s pour illustrer tout cela&nbsp;: quelques mots sur la th\u00e8se d\u2019\u00c9tat \u2013 <em>L\u2019Annonce et la nouvelle. La presse d\u2019information en France sous l\u2019Ancien R\u00e9gime (1630-1788),<\/em> Voltaire Foundation, Oxford, 2000 \u2013 puis sur la longue enqu\u00eate \u2013 <em>Dictionnaire de la presse fran\u00e7aise pendant la R\u00e9volution, 1789-1799. La presse d\u00e9partementale,<\/em> 7 vol., Centre International d\u2019\u00c9tude du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, Ferney-Voltaire, 2005-2022.<\/p>\n\n\n\n<p>La th\u00e8se propose ces trois histoires sur la longue dur\u00e9e des deux derniers si\u00e8cles de l&rsquo;Ancien R\u00e9gime, depuis le temps de Th\u00e9ophraste Renaudot, jusqu&rsquo;\u00e0 la veille de la R\u00e9volution. Son ambition a \u00e9t\u00e9 de comprendre comment et pourquoi s&rsquo;est alors progressivement constitu\u00e9 un v\u00e9ritable syst\u00e8me d&rsquo;information. Pourquoi l&rsquo;annonce \u2013 l&rsquo;annonce particuli\u00e8re (les petites annonces d&rsquo;aujourd&rsquo;hui) et l&rsquo;annonce marchande (ce que nous appelons la publicit\u00e9) \u2013 voisina-t-elle si tardivement en France avec la presse, alors que Renaudot fonda l&rsquo;une et l&rsquo;autre au d\u00e9but des ann\u00e9es 1630 ? Pourquoi la <em>Gazette<\/em> refusa-t-elle l&rsquo;annonce, resta-t-elle un support vierge de tout contact marchand, alors que ses r\u00e9impressions provinciales, de m\u00eame que les gazettes de Hollande et le <em>Mercure galant<\/em> leur furent ouverts d\u00e8s les ann\u00e9es 1680 ? Pourquoi cette absence d&rsquo;annonces, alors que la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise en \u00e9prouvait le besoin, comme le prouve la multiplication des placards muraux et des billets ou tracts d\u00e8s le XVII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle ?<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ouvrage r\u00e9examine les initiatives de Renaudot et les situe dans une perspective o\u00f9 est r\u00e9\u00e9valu\u00e9 le r\u00f4le de son Bureau d&rsquo;adresse dans l&rsquo;histoire de la publicit\u00e9, de m\u00eame que l&rsquo;est celui de la <em>Gazette<\/em> dans celle de l&rsquo;information. Cette histoire de la presse est donc accompagn\u00e9e d&rsquo;une histoire de la publicit\u00e9. Quels \u00e9taient les supports les plus employ\u00e9s par cette derni\u00e8re ? Quand apparurent les placards et les billets ou tracts ? Quand devinrent-ils d&rsquo;un emploi g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 ? Qui les employa surtout, et pour quoi faire ? Quand apparurent les afficheurs ? Quand le pouvoir chercha-t-il \u00e0 les contr\u00f4ler ?<\/p>\n\n\n\n<p>Les annonces s&rsquo;\u00e9panouirent dans la presse au milieu du XVIII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, gr\u00e2ce aux <em>Annonces, affiches et avis divers<\/em>, une presse nouvelle qui \u00e9volua vite vers le support mixte, puisqu&rsquo;elle accueillit un contenu r\u00e9dactionnel qui devint parfois plus important que les seules annonces. Cette nouvelle presse d&rsquo;annonces \u00e9tait-elle l&rsquo;h\u00e9riti\u00e8re des initiatives de Renaudot, ou bien faut-il lui voir une autre origine ?<\/p>\n\n\n\n<p>Cette mise en perspective pose aussi le probl\u00e8me du privil\u00e8ge de la <em>Gazette<\/em>, de sa propri\u00e9t\u00e9, de son \u00e9tendue. Malgr\u00e9 cette \u00e9tendue, comment expliquer que la <em>Gazette<\/em> fut concurrenc\u00e9e par les gazettes imprim\u00e9es en langue fran\u00e7aise \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger, en Hollande, \u00e0 Bruxelles, en Allemagne, \u00e0 Avignon, et qui toutes p\u00e9n\u00e9traient sans difficult\u00e9 apparente dans le royaume ? Comment \u00e9taient diffus\u00e9es toutes ces feuilles, par la poste ou par le biais des r\u00e9impressions locales, et \u00e0 quelles conditions ?<\/p>\n\n\n\n<p>Outre cette mise en perspective, est propos\u00e9e une m\u00e9thode. Toute histoire de la presse doit \u00eatre interne autant qu&rsquo;externe. Toute histoire de la presse se doit aussi d&rsquo;\u00eatre comparative. Histoire interne, elle doit n\u00e9cessairement s&rsquo;appuyer sur une \u00e9tude exhaustive et syst\u00e9matique du m\u00e9dia lui-m\u00eame, c&rsquo;est-\u00e0-dire des collections qui en sont conserv\u00e9es. L&rsquo;\u00e9tude doit \u00eatre tout \u00e0 la fois qualitative et quantitative. Ce doit \u00eatre une description fine de l&rsquo;espace-papier : format, pagination, titre, d\u00e9cor, enfin et surtout syst\u00e8me r\u00e9dactionnel, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;ensemble des rubriques. De la <em>Gazette<\/em> aux <em>Affiches<\/em>, la presse d&rsquo;information passe \u00e0 un rubricage de plus en plus soigneux, \u00e0 une mise en ordre du contenu de plus en plus rigoureuse, parce que ce contenu devient de plus en plus vari\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s cette premi\u00e8re description du syst\u00e8me r\u00e9dactionnel, doit venir l&rsquo;analyse du contenu proprement dite. L\u2019ouvrage pr\u00e9sente une analyse cat\u00e9gorielle du contenu, tout autant pour la <em>Gazette<\/em> que pour les <em>Affiches<\/em>. Pour \u00eatre efficaces et produire des r\u00e9sultats interpr\u00e9tables, cette description et cette analyse se sont voulues comparatives, seule m\u00e9thode pour mieux appr\u00e9cier l&rsquo;originalit\u00e9 de telle ou telle formule, de tel ou tel contenu. La comparaison a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e dans la synchronie \u2013 &nbsp;entre les diverses collections de l&rsquo;\u00e9dition parisienne de la <em>Gazette<\/em>, entre ses diff\u00e9rentes \u00e9ditions provinciales, entre les diff\u00e9rentes <em>Affiches<\/em>, et cela pour une m\u00eame ann\u00e9e \u2013, ou bien dans la diachronie, afin de pr\u00e9senter des \u00e9volutions significatives \u2013 &nbsp;par exemple pour la <em>Gazette<\/em> en 1640, puis un peu plus tard pendant la Fronde. Ainsi ont \u00e9t\u00e9 mieux per\u00e7ues les diff\u00e9rences, les similitudes, les \u00e9volutions. Cette description morphologique puis cette analyse du contenu permettent de mieux comprendre le travail du journaliste, saisi dans son action de communication. Un travail qui ne peut \u00eatre restitu\u00e9 sans prendre en compte son environnement socio-historique, sans prendre en compte les attentes et les go\u00fbts du public auquel il s&rsquo;adresse, sa composition sociale, etc. D&rsquo;o\u00f9 une histoire qui doit \u00eatre \u00e9galement externe.<\/p>\n\n\n\n<p>Toute histoire de la presse se doit d&rsquo;\u00eatre externe parce qu&rsquo;elle doit prendre en compte l&rsquo;amont et l&rsquo;aval du m\u00e9dia. Tout ce qui participe de pr\u00e8s ou de loin \u00e0 la r\u00e9daction et \u00e0 la fabrication du m\u00e9dia concerne cet amont : entreprise, r\u00e9daction, source d&rsquo;information, pressions plus ou moins fortes de l&rsquo;environnement politique, social, etc. Ici, l&rsquo;histoire de la presse est tout autant politique, \u00e9conomique, mat\u00e9rielle. L&rsquo;aval est tout aussi important. Une v\u00e9ritable histoire de la presse doit prendre en compte non seulement les abonn\u00e9s et les lecteurs, pour qui les feuilles \u00e9tudi\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9es, mais aussi le ou les syst\u00e8mes de distribution, leur \u00e9volution. Ces syst\u00e8mes de distribution \u2013 r\u00e9impression ou acheminement postal \u2013 ont \u00e9t\u00e9 jusqu&rsquo;ici certainement trop n\u00e9glig\u00e9s des historiens, et dans leur organisation et dans leur co\u00fbt \u00e9conomique. Il appara\u00eet que le monopole postal, tr\u00e8s t\u00f4t affirm\u00e9 en France, n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 sans cons\u00e9quence sur les m\u00e9thodes de distribution, bien s\u00fbr, mais aussi sur le format et le contenu des anciennes gazettes. Pour restituer cet amont et cet aval, toutes les sources d&rsquo;archives disponibles ont \u00e9t\u00e9 sollicit\u00e9es. Ainsi s&rsquo;est-on efforc\u00e9 d&rsquo;\u00e9crire une histoire totale de cette presse ancienne.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors qu\u2019\u00e9tait ainsi restitu\u00e9 dans son ensemble l\u2019univers de la presse provinciale des ann\u00e9es 1750-1788), il parut n\u00e9cessaire de poursuivre cette enqu\u00eate au-del\u00e0 de l\u2019Ancien R\u00e9gime. Le <em>Dictionnaire de la presse fran\u00e7aise pendant la R\u00e9volution, 1789-1799. La presse d\u00e9partementale,<\/em> r\u00e9pondait \u00e0 quelques r\u00e9flexions pr\u00e9liminaires formul\u00e9es au d\u00e9but de son premier volume\u00a0: \u00ab\u00a0Pendant la p\u00e9riode r\u00e9volutionnaire (1789-1799), de tr\u00e8s nombreux journaux ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s dans les d\u00e9partements.\u00a0Quelle a \u00e9t\u00e9 l\u2019ampleur de ce ph\u00e9nom\u00e8ne et dans l\u2019espace et dans le temps\u00a0? Quelle fut sa g\u00e9ographie nationale\u00a0? \u00a0Quelles furent les grandes p\u00e9riodes de cr\u00e9ation, quels furent les grands moments de disparition des titres, pourquoi et comment\u00a0? Ces progr\u00e8s et ces reculs furent-ils les m\u00eames partout, ou bien furent-ils propres \u00e0 chaque r\u00e9gion voire \u00e0 chaque d\u00e9partement\u00a0?\u00a0Quels furent les courants politiques les mieux servis\u00a0? Quelles ruptures dans la forme et dans le contenu la R\u00e9volution provoqua-t-elle dans les journaux provinciaux\u00a0? Comment les <em>Affiches, annonces et avis divers<\/em> de l\u2019Ancien R\u00e9gime parvinrent-ils \u00e0 s\u2019adapter aux nouveaut\u00e9s des temps\u00a0? Toutes ces questions et bien d\u2019autres ne pouvaient \u00eatre \u00e9clair\u00e9es qu\u2019en prenant une exacte mesure des dimensions du ph\u00e9nom\u00e8ne, c\u2019est-\u00e0-dire en inventoriant de la mani\u00e8re la plus exhaustive, tous les titres parus pendant la p\u00e9riode.\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>Les 665 journaux alors publi\u00e9s ont tous \u00e9t\u00e9 l\u2019objet d\u2019une notice structur\u00e9e en vingt entr\u00e9es. Tout d\u2019abord l\u2019identification du journal (entr\u00e9es 1 \u00e0 4)\u00a0: titre ou titres successifs, dates de fondation et de disparition, p\u00e9riodicit\u00e9, lieu d\u2019\u00e9dition et zone principale de diffusion. Suivent les entr\u00e9es 5 \u00e0 7 concernant les animateurs (propri\u00e9taires, r\u00e9dacteurs et imprimeurs). Viennent ensuite (entr\u00e9es 8 et 9) les chiffres de tirage (s\u2019ils existent), les tarifs d\u2019abonnement et les modes de distribution, tous \u00e9l\u00e9ments qui peuvent bien s\u00fbr \u00e9voluer au cours de la vie du journal. Les entr\u00e9es 10 \u00e0 15 se veulent purement descriptives\u00a0: format, num\u00e9rotation des livraisons, pr\u00e9sentation du frontispice (si un recueil annuel, semestriel ou trimestriel a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vu par l\u2019\u00e9diteur), nombre de pages au num\u00e9ro, pr\u00e9sence ou non de suppl\u00e9ments, description pr\u00e9cise de la forme typographique (d\u00e9cor, disposition de la num\u00e9rotation et de la pagination, du titre, des dates, nombre de colonnes). Dans les entr\u00e9es 16 et 17 sont analys\u00e9es la tendance politique du journal (de mani\u00e8re souvent tr\u00e8s d\u00e9velopp\u00e9e, car comment d\u00e9cider de son orientation sans donner plus ou moins longuement la parole \u00e0 son ou ses journaliste[s] par des articles reproduits en extraits ou compl\u00e8tement) et la succession des principales rubriques. Les derni\u00e8res entr\u00e9es (18 \u00e0 20) pr\u00e9sentent les sources\u00a0: lieux de conservation des journaux (cotes, \u00e9tat des collections avec le d\u00e9tail pr\u00e9cis des lacunes), sources d\u2019archives li\u00e9es au journal, bibliographie des travaux d\u00e9j\u00e0 publi\u00e9s.\u00a0 Ce <em>Dictionnaire <\/em>n\u2019est donc pas seulement un catalogue de la presse d\u00e9partementale pendant la R\u00e9volution. Il veut apporter une histoire renouvel\u00e9e des journaux et des journalistes, il veut aussi proposer une m\u00e9thode scientifique d\u2019approche du journal, une m\u00e9thode g\u00e9n\u00e9ralisable \u00e0 toutes les p\u00e9riodes de l\u2019histoire de la presse. (<em>Avertissement<\/em> de son t. VI, 2022)<\/p>\n\n\n\n<p>Pour conclure ces quelques rapides r\u00e9flexions de m\u00e9thode, voici une introduction et une conclusion.<\/p>\n\n\n\n<p>Une introduction \u00e0 l\u2019article \u00ab&nbsp;Aux origines de la \u2018rubrique\u2019 dans la presse&nbsp;: des gazettes de l\u2019Ancien R\u00e9gime aux journaux de la R\u00e9volution&nbsp;\u00bb, <em>Communication et langage<\/em>, n\u00b0171, mars 2012, p. 99-111.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019historien des m\u00e9dias se doit de r\u00e9fl\u00e9chir sur l\u2019objet journal, sa forme, son contenu, leur fonction aupr\u00e8s du ou des public(s) vis\u00e9(s), le journalisme qui les a produits. Un texte journalistique, quelle que soit l\u2019\u00e9poque \u00e0 laquelle il a \u00e9t\u00e9 \u00e9mis, est engag\u00e9 dans un pr\u00e9sent, une actualit\u00e9 pour lui donner du sens aupr\u00e8s d\u2019un public, en fonction d\u2019un syst\u00e8me de valeurs plus ou moins commun \u00e0 ce dernier et aux journalistes. Ce texte est propos\u00e9 dans une gazette, un journal, un magazine ou une revue\u00a0: un espace papier construit de mani\u00e8re \u00e0 ordonner l\u2019information, mais aussi \u00e0 faciliter la lecture selon un contrat tacitement pass\u00e9 avec le public. D\u2019o\u00f9 ce que j\u2019ai appel\u00e9 le \u2018syst\u00e8me rubrical\u2019, dans lequel la succession des rubriques, leurs effets de mise en page et de mise en forme sont proprement consubstantiels au contenu propos\u00e9 \u00e0 la lecture. Il n\u2019y a donc rien de moins al\u00e9atoire et de plus construit, et cela d\u00e8s les premi\u00e8res gazettes. Aussi n\u2019est-il pas inutile d\u2019en examiner les origines. Alors que le mot de \u2018rubrique\u2019 n&rsquo;existe pas encore dans cette acception journalistique, sa r\u00e9alit\u00e9 est d\u00e9j\u00e0 fort pr\u00e9sente d\u00e8s le temps des premi\u00e8res gazettes. Les \u2018syst\u00e8mes rubricaux\u2019 deviennent plus complexes au XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et au temps de la R\u00e9volution, gazettes et journaux essayant tous les formats et tous les \u2018syst\u00e8mes rubricaux\u2019 alors possibles pour juxtaposer des espaces textuels de statuts et de contenus diff\u00e9rents, mettre en ordre l\u2019information et cr\u00e9er des habitudes de lecture.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Une conclusion de l\u2019ouvrage <em>La Presse dunoise au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle<\/em>. L\u2019\u00c9cho dunois<em> et <\/em>Le Patriote de Ch\u00e2teaudun<em>&nbsp;: premiers jalons pour une histoire du journalisme dunois (1819-1915),<\/em> Soci\u00e9t\u00e9 dunoise, Arch\u00e9ologie, Histoire, Science et Arts, 150<sup>e<\/sup> anniversaire, Actes du colloque, 17 mai 2014, vol. I, , Ch\u00e2teaudun, 2015.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Encore que cette \u00e9tude soit d\u00e9j\u00e0 fort longue, elle ne pr\u00e9tend pas avoir \u00e9puis\u00e9 toute la richesse du r\u00e9el. Il s\u2019agit seulement de premiers jalons pour une histoire du journalisme dunois, depuis la cr\u00e9ation de la <em>Feuille d\u2019annonces\u2026 de Ch\u00e2teaudun<\/em> en 1819, jusqu\u2019\u00e0 la disparition de <em>L\u2019\u00c9cho dunois<\/em> en 1915. Jusqu\u2019en 1879, <em>L\u2019\u00c9cho dunois <\/em>et l\u2019imprimeur Lecesne r\u00e8gnent sans partage sur Ch\u00e2teaudun et son arrondissement. Mais ayant adopt\u00e9 depuis 1849 une couleur conservatrice de plus en plus affirm\u00e9e, ils doivent faire face \u00e0 la fondation du <em>Patriote de Ch\u00e2teaudun<\/em> et \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement d\u2019une deuxi\u00e8me imprimerie d\u00e9fendant tous deux des positions r\u00e9publicaines, depuis l\u2019opportunisme des d\u00e9buts jusqu\u2019\u00e0 un radicalisme mod\u00e9r\u00e9 \u00e0 la veille de la Grande Guerre 1914-1918. Apr\u00e8s avoir pr\u00e9sent\u00e9 les conditions du lancement de ce dernier journal, on s\u2019est efforc\u00e9 de p\u00e9n\u00e9trer dans les r\u00e9dactions du <em>Patriote<\/em> et de <em>L\u2019\u00c9cho<\/em>, pour rendre un\u00a0 peu de vie \u00e0 tous ces hommes et \u00e0 leurs id\u00e9aux politiques. Outre les journalistes, les journaux ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9s dans leurs formats, leurs manchettes, leurs syst\u00e8mes rubricaux. C\u2019\u00e9tait la meilleure m\u00e9thode pour rendre compte de leurs querelles politiques, dans lesquelles chacun d\u2019eux, chacun de leurs journalistes ont \u00e9t\u00e9 enferm\u00e9s dans ce qu\u2019on pourrait appeler aujourd\u2019hui un jeu de r\u00f4le dont il leur \u00e9tait impossible de sortir\u00a0: l\u2019\u00e9chec de la conversion r\u00e9publicaine de <em>L\u2019\u00c9cho<\/em> en 1893 vient le prouver. Pour l\u2019un la conservation, le royalisme, le cl\u00e9ricalisme et bient\u00f4t l\u2019antis\u00e9mitisme et le nationalisme, pour l\u2019autre les id\u00e9es de progr\u00e8s, la la\u00efcit\u00e9 et l\u2019anticl\u00e9ricalisme, la d\u00e9mocratie\u2026 D\u2019o\u00f9 des pol\u00e9miques dures et sans fin, dont les acm\u00e9s se situent toutes les ann\u00e9es d\u2019\u00e9lections, municipales autant que l\u00e9gislatives, et il y en eut beaucoup. Au-del\u00e0 de ces pol\u00e9miques ardentes, souvent haineuses, les journaux ont d\u00fb s\u2019approprier plus ou moins facilement les formules journalistiques venues de Paris, bien connues de leurs lecteurs, afin de ne point les perdre\u00a0: irruption de l\u2019\u00e9v\u00e9nement \u00e0 la \u2018une\u2019, grands titres visant la sensation, \u00e9ditions suppl\u00e9mentaires en cas d\u2019actualit\u00e9 surprenante ou pressante, mais aussi pr\u00e9paration d\u2019un \u00e9v\u00e9nement pr\u00e9visible, la c\u00e9l\u00e9bration r\u00e9p\u00e9t\u00e9e de l\u2019anniversaire du 18 Octobre [1870, lors de la r\u00e9sistance h\u00e9ro\u00efque de la ville face aux Prussiens], o\u00f9 il fallut s\u2019efforcer de montrer quelque imagination pour renouveler un sujet trait\u00e9 bien des fois\u00a0: l\u00e0 aussi, les grands titres, mais aussi les illustrations sont employ\u00e9s avec des bonheurs divers. [\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Il y a encore bien des points \u00e0 \u00e9claircir. Les grandes crises de la R\u00e9publique, le Boulangisme, le scandale de Panama, l\u2019Affaire Dreyfus, la S\u00e9paration de l\u2019\u00c9glise et de l\u2019\u00c9tat, la mont\u00e9e du nationalisme, celle du socialisme ont forc\u00e9 les deux journaux \u00e0 se situer, on devine d\u00e9j\u00e0 dans quel sens, mais tout cela demanderait \u00e0 \u00eatre pr\u00e9cis\u00e9. Les principales r\u00e9alisations urbanistiques des municipalit\u00e9s successives de Ch\u00e2teaudun sont d\u00e9j\u00e0 assez bien connues, mais elles ne se sont pas faites sans contestations ni querelles\u00a0: les deux journaux les contiennent toutes, et sont une v\u00e9ritable mati\u00e8re premi\u00e8re pour la restitution des enjeux d\u2019int\u00e9r\u00eat ou de pouvoir. Une \u00e9tude fine des rubriques locales (faits divers ou autres petits ou grands \u00e9v\u00e9nements) permettrait une histoire culturelle plus compl\u00e8te des repr\u00e9sentations et des imaginaires sociaux et spatiaux du Dunois, alors que s\u2019\u00e9loignait le temps des grands notables conservateurs, et que la R\u00e9publique installait un nouveau personnel politique. Les romans-feuilletons de bas de page, r\u00e9serv\u00e9s \u00e0 la lecture f\u00e9minine, r\u00e9p\u00e9tait souvent <em>Le Patriote<\/em>, demanderaient au moins un inventaire de leurs titres, une mesure de leur dur\u00e9e. Les choix des deux journaux renvoient-ils vraiment \u00e0 leur orientation id\u00e9ologique\u00a0? Leur quatri\u00e8me page, porteuse d\u2019annonces et surtout de publicit\u00e9s n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9e, mais l\u2019on sait d\u00e9j\u00e0 qu\u2019elle r\u00e9v\u00e9lerait les innovations commerciales et industrielles, les avances et les retards\u2026 Il y a donc encore \u00e0 faire pour qui voudrait continuer cette histoire. Cette \u00e9tude voudrait seulement avoir d\u00e9gag\u00e9 quelques m\u00e9thodes et quelques voies qu\u2019il est n\u00e9cessaire d\u2019emprunter, lorsque l\u2019on s\u2019engage dans l\u2019histoire des journalistes et des journaux.\u00a0\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tous les chantiers de recherche que l\u2019on s\u2019est efforc\u00e9 de travailler touchent aux conditions de production-r\u00e9ception de la presse ancienne et \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude de son contenu. Apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre un moment fix\u00e9 sur le premier XIXe\u00a0si\u00e8cle, le champ de ces recherches s&rsquo;est \u00e9largi aux origines m\u00eames de la presse fran\u00e7aise, couvrant les XVIIe\u00a0et XVIIIe\u00a0si\u00e8cles. 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